Pacifique et baleines

Une façade océanique sans routes, où les baleines à bosse mettent bas de juillet à octobre face aux villages afro-colombiens du Chocó.

La façade Pacifique colombienne s'étire sur près de 1 300 kilomètres, du Darién panaméen au nord jusqu'à la frontière équatorienne au sud. Nous l'abordons depuis nos bureaux à Bogotá comme un monde à part, sans connexion routière avec le reste du pays. Tout y arrive par avion ou par bateau. Les départements du Chocó, du Valle del Cauca, du Cauca et de Nariño partagent une même géographie : une jungle dense plaquée contre l'océan, traversée de fleuves bruns comme l'Atrato, le San Juan ou le Baudó, qui drainent l'une des régions les plus arrosées de la planète avec 8 à 12 mètres de pluie annuelle dans certains secteurs.

La population, à 80% afro-descendante, descend des marrons qui fuyaient les mines coloniales du Cauca à partir du XVIIe siècle. Aujourd'hui, les villages de Nuquí, Bahía Solano, El Valle, Joví, Termales, Coquí ou Jurubidá vivent de la pêche artisanale, de quelques cultures vivrières (banane plantain, riz, coco) et, depuis une vingtaine d'années, d'un tourisme communautaire que nous travaillons avec les conseils communautaires locaux. Plus au sud, sur la côte du Cauca, López de Micay et Guapi conservent des traditions musicales propres, le currulao et la marimba de chonta, classés à l'UNESCO en 2010.

La cuisine reflète cette autonomie face au reste de la Colombie : encocados de poisson au lait de coco, tapao de pescado cuit dans des feuilles, piangua (un mollusque ramassé dans la mangrove par les femmes du Cauca), arroz clavado. Le borojó, fruit local très dense, et le viche, alcool de canne distillé clandestinement pendant des décennies puis reconnu patrimoine en 2021, accompagnent les fêtes patronales et les veillées funéraires chantées (alabaos), pratiquées surtout dans le Chocó.

L'intérêt biologique de la région tient à sa position : le Chocó biogéographique, qui s'étend du Panama à l'Équateur, concentre l'une des plus fortes densités d'endémisme végétal au monde. Le parc national Utría, accessible en lancha depuis Nuquí en 45 minutes, protège 54 000 hectares de forêts, mangroves et récifs. C'est dans son ensenada que les baleines à bosse, après 8 000 kilomètres de migration depuis l'Antarctique, viennent mettre bas et allaiter leurs petits de mi-juillet à mi-octobre. Les sorties d'observation se font en bateau de pêche reconverti, depuis Joví ou Termales, sur des créneaux de 3 à 4 heures encadrés par les capitaines locaux formés par Yubarta, une fondation de cétologie qui travaille dans la zone depuis 1986.

Au-delà des baleines, le Pacifique offre des plages quasi désertes (Guachalito, El Almejal), des chutes d'eau douce qui débouchent directement sur l'océan comme à Cascada del Amor près de Termales, des sorties de nuit pour voir les tortues luth pondre entre septembre et décembre sur la plage d'El Valle, et l'observation des grenouilles venimeuses Phyllobates dans la forêt de Jurubidá. La pêche sportive autour de Bahía Solano attire une clientèle restreinte entre janvier et avril, quand les eaux sont plus claires.

Il faut accepter que cette région ne se visite pas comme le reste de la Colombie. Pas de routes, pas de réseau mobile fiable, électricité par groupe électrogène coupée la nuit dans la plupart des ecolodges, humidité permanente. C'est précisément ce qui a préservé les communautés et la forêt. Nous y envoyons les voyageurs qui ont envie d'un temps ralenti, d'échanges directs avec les hôtes, et qui acceptent de remettre leurs plans à la météo.

À découvrir

Baleines à bosse dans l'ensenada d'Utría. Sorties de trois heures en lancha depuis Joví ou Termales, de mi-juillet à mi-octobre, pour observer les femelles et leurs baleineaux dans les eaux calmes du parc national, encadrées par des capitaines formés par la fondation Yubarta.

Plages de Guachalito et El Almejal. Une douzaine de kilomètres de sable noir volcanique bordés de cocotiers et de jungle, avec quelques ecolodges en bois espacés de plusieurs centaines de mètres, sans voisinage ni route d'accès.

Pêche et cuisine afro à Bahía Solano. Sortie matinale avec un pêcheur de Mecana ou Huina, retour au village et préparation du poisson en encocado ou tapao avec une famille, accompagné de patacones de plátano et de jus de borojó.

Ponte des tortues luth à El Valle. Patrouilles de nuit sur la plage de La Cuevita entre septembre et décembre, avec les biologistes du programme Caguama, pour assister à la ponte des plus grandes tortues marines du monde, dépassant souvent 400 kilos.

Currulao et marimba dans le sud. À Guapi et López de Micay, dans le Cauca, des soirées chez les facteurs de marimba de chonta permettent d'entendre cette musique afro-colombienne classée à l'UNESCO, jouée en famille plus que sur scène.

Quand y aller

La saison de référence reste celle des baleines, de mi-juillet à mi-octobre, avec un pic d'observations en août et septembre. Les températures oscillent toute l'année entre 24 et 30 °C, avec une humidité supérieure à 85%. Il pleut tous les mois, souvent en fin d'après-midi ou la nuit, mais les cumuls les plus forts tombent entre mai et novembre. Janvier, février et mars sont les mois les moins arrosés, avec une mer plus calme, propice à la pêche sportive et à la plongée autour de Cabo Marzo, mais aucune baleine.

La haute saison locale correspond aux vacances colombiennes : semaine sainte, mi-juin à mi-juillet, et fin décembre. Les ecolodges affichent complet six mois à l'avance sur la fenêtre baleines, nous recommandons donc de bloquer les dates dès janvier pour un départ en août ou septembre. Hors saison cétacés, la région reste accessible mais l'intérêt principal disparaît, sauf pour les voyageurs centrés sur la forêt, les communautés et la pêche.

Conseils pratiques

Nous conseillons quatre nuits minimum sur place, idéalement cinq, compte tenu des temps de transfert. L'accès se fait par vol depuis Medellín (aéroport Olaya Herrera) vers Nuquí ou Bahía Solano, 50 minutes de vol sur des appareils de 19 places, opérés par Satena ou San Germán. Les bagages sont limités à 10 kilos en soute. Depuis l'aéroport de Nuquí, comptez 30 à 60 minutes de lancha pour rejoindre les ecolodges de Joví, Termales ou Guachalito. La météo peut décaler les vols d'une journée, nous prévoyons toujours une marge avant un vol international au retour.

Le confort est rustique mais soigné : bungalows en bois sur pilotis, moustiquaires, eau courante non potable, repas pris en commun à base de poisson du jour. Pas de climatisation, peu de wifi. La région se combine bien avec l'Axe du café ou les Andes et Bogotá en début ou fin de circuit, moins facilement avec la Côte Caraïbe pour des raisons logistiques (pas de vols directs). Elle convient aux contemplatifs, aux familles avec enfants à partir de 8 ans, aux observateurs de faune et aux voyageurs déjà venus en Colombie qui cherchent une face moins parcourue du pays.

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